Complément à l'histoire des Duboz de Chilly.

Nous avions vu dans la précédente histoire de cette famille que Félix Duboz

de Chilly (1834 + 1900) avait épousé Marie Thiébaud (1839 +1917) issue d’une famille Salinoise, les Thiébaud, et d’une union avec Marie Adélaïde de Labiche à la fin du 18ième siècle. Voir l’arbre généalogique qui précise tout cela dans le détail.

Mais reprenons plutôt cette histoire dans l’ordre chronologique :

Le sieur Lazare de Labiche, portrait ci-dessous, part en Russie comme précepteur des pages à la cour de Saint-Pétersbourg avec son épouse.

mais malheureusement 10 ans après leur mariage madame de Labiche meurt à la suite d’une longue maladie, alors que l’enfant n’a que cinq ans. Resté veuf, Lazare de Labiche met son enfant en pension pendant trois ans à Saint-Pétersbourg chez une Française, madame Richard. Pendant cette période Adélaïde reçoit d’une autre Française, madame Bernardy, des cours de danse qui « me coutoient sept livres chaque leçon ». Puis, pour des raisons de santé, (il parle souvent de sa longue maladie et de sa crainte de mourir « la crainte de mourir moi-même ici et de t’y laisser seule dans ce pays de despotisme et d’esclavage »), son père décide, en 1788, de la rapatrier en France, Adélaïde a alors 8 ans. Elle fait le voyage par mer accompagnée de « sa grosse tante ». Adélaïde est dès lors prise en charge par cette famille française.

Toute ces remarques sont tirées d’une lettre de 29 pages, de Lazare de Labiche à sa fille en 1789 dans laquelle il se lance dans de longs débats philosophiques et lui prodigue moult conseils de moralité sans oublier, au passage, de se vanter de sa propre vertu ! Il insiste beaucoup sur : «…une bonne conduite et une sage économie » et sur « …la vertu, la probité, la justice l’honnêteté, l’honneur, le travail, le courage, l’humanité, faire le bien… »

Cette lettre date de 1789, l’enfant n’a alors que 9 ans, on peut se demander si Adélaïde était vraiment en mesure d’en comprendre la teneur ? Mais à la fin de la missive il précise que celle-ci présentée sous forme d’un livret servira de guide à sa fille lorsqu’elle serait plus âgée. En somme il concevait cette lettre un peu comme un testament de moralité utilisable par Adélaïde sa vie durant!

Dans la deuxième partie de sa lettre le père parle de l’instruction souhaitée pour Adélaïde:

« les connaissances qu’il importe principalement à une fille bien née de posséder sont :1°celle de sa langue maternelle et quand elle peut y joindre la connaissance ou l’art de parler et d’écrire correctement quelques langues étrangères comme la langue Italienne et la langue allemande…

2° Il faut tâcher de joindre à ces avantages une connaissance suffisante de l’histoire et de la géographie, surtout celle de son pays.

3° savoir l’arithmétique et le dessin, et quand on le peut de la physique…

4° Il faut apprendre à danser …

5°Il convient encore à une fille… de savoir la musique et de toucher le clavecin à un degré de force qui fasse plaisir à la société …

6°Il importe encore à une fille de joindre à ces talents quelques ouvrages de main, comme de savoir broder au tambour et à l’aiguille , faire du filet et coudre proprement…tous ces talents nous procurent beaucoup de satisfaction…, ils peuvent encore, dans les revers de fortune …nous être d’un grand secours… »

Le père termine sa lettre par une prière pour sa fille et par sa bénédiction :

« Ma chère Adélaïde reçois ma bénédiction je te la donne de tout mon cœur ; je t’embrasse mille fois avec une tendresse que rien ne peut exprimer. Sois sage et vertueuse, aime le travail et que l’occupation honnête soit pour toi une douce récréation, aime ta patrie et sois constamment soumise aux lois… »

Neuf ans plus tard, remis de sa maladie il est rentré en France sous le simple nom de Labiche, il a préféré perdre sa particule en Russie plutôt de risquer de perdre sa tête en France, la révolution était passée par là ! quoique le passeport établi à Saint-Pétersbourg porte encore la particule !

(Le document original dont figure la photo copie ci-dessous n’a pas la dimension de nos passeports actuels, il mesure 50cm X30cm , pas très pratique !)

Il est curieux de voir avec quelle facilité les hommes se déplaçaient à cette époque à travers toute l’Europe, malgré l’inconfort et la lenteur des moyens de communications, et munis d’un passeport libellé en Français qui devait être compris par les fonctionnaires de tous les pays traversés :

«pour tous ceux qui font à prier, de vouloir bien laiffer furement et librement paffer le sieur de Labiche inspecteur des pages de sa majesté

impériale allant en France, Fans lui donner ni permettre qu’il lui soit fait , donné aucun empêchement, mais au contraire de lui accorder toute forte d’aide et d’affiftance, en foi de quoi nous lui avons délivré le péfent paffeport valable pour six mois, signé de notre main et fcellé en marge de l’empreinte de nos armes…… »

Sur l’imprimé servant de base à l’établissement du passeport les S sont encore écrits F, alors que sur la partie manuscrite Charles Genet utilise les S dans

« Sieur de Labiche inspecteur… »

Il a ajouté un post-scriptum à sa lettre de 1789 dans lequel il semblerait que sa fille n’ait pas suivi toutes les recommandations du livret de 1789 :

« Depuis mon arrivée tu sais une partie de mes peines , de mes malheurs et de mes chagrins ; tu ne peux pas, sans injustice, me dissimuler que tu m’aies donné bien du mécontentement par ton indocilité, ton insouciance, ton entêtement, ta légèreté, ta paresse et ta résistance à mes conseils et à mes remontrances paternels. Actuellement que tu es mariée tu changeras sans doute… »

Nous n’avons pas plus de précisions sur la conduite d’Adélaïde ayant suscité de tels reproches , toutefois nous savons par ce commentaire de Lazare de Labiche que sa fille est maintenant mariée et nous avons retrouvé le contrat de mariage qui lui va nous apprendre pas mal de choses sur les époux et sur leurs famille.

Le contrat commence ainsi :

« Au nom de la nation… (le roi est mort !)

…Fut présent le citoyen François Joseph Thiébaud, adjoint aux adjudants généraux de l’armée de Mayance, fils majeur du citoyen Pierre Ignace Joachim Thiébaud et de la citoyenne Reine Thérèse Malfroy d’une part, et de la citoyenne Marie Adélaïde Labiche fille mineure du citoyen Lazare Labiche demeurant à Salins et de défunte Marie Françoise Bousson d’autre part…. »

Les termes du contrat lui- même peuvent se résumer en une séparation de biens avec communauté d’acquêts. C'est-à-dire que chacun fait état des biens propres qu’il possède. C’est ainsi qu’on apprend :

« ..le futur se fait bon et riche de la somme de six mille livres qu’il a par devant lui en numéraire métallique provenant de son pécule… non compris ses armes, chevaux et équipages estimés huit cents livres….le père et la mère du futur lui ont payé comptant… la somme de trois mille livres… laquelle somme à valoir sur la succession il sera lieu de rapporter au partage lorsque le partage aura lieu…Le père et la mère du futur qui ont sept enfants déclarent que leur revenu actuel est de deux mille livres….

La future…se fait bonne et riche en un troussel et des bijoux provenant de son père et de sa mère qu’elle estime valoir la somme quinze cents livres … »

Et là apparait un renseignement intéressant :

« Le père de la future lui accorde et à ses enfants pour leur tenir lieu de pension jusqu’au décès de lui, le dit père, les deux cinquièmes du prix et revenu du bail du domaine de Remeton qui lui appartient, les dits deux cinquièmes à toucher sur les fermiers, présents et futurs, francs et exempts de toute charge, pour quoi il sera remis aux futurs un double de chaque baux pour toucher les dits deux cinquièmes,…… la future ne pourra répéter les biens de sa mère qu’au décès de son père. La future est la seule successible actuellement de son père… » et elle le restera, c’est ainsi que le beau domaine de Remeton est entré dans la famille par Adélaïde puis son Fils Léon Thiébaud et la fille de celui-ci, Marie Thiébaud puis sa fille Suzanne (Duboz) Chauvin qui en fit hériter les enfants Pescarolo.

Suivant le souhait de son père Adélaïde a dû s’amender puisque le ménage a tenu bon et que leur est né un fils en 1808 du nom de Léon Thiébaud.

De ce fils Léon nous possédons un beau médaillon en bronze, de Elsboëche, daté de 1832 donc fait à l’âge de 24 ans. Il s’agit d’un profil d’un très bel homme.

Léon Thiébaud exercera le métier de filateur de laine, il épousera en 1835, à l’âge de 27 ans Célestine Duchon fille de Jean Joseph Duchon , maitre de forge à Chassey lès Montbozon en haute Saône ; à cette époque les fonderies et les forges étaient nombreuses en Haute Saône.

De leur union naîtra en 1839 une fille, Marie Thiébaud, qui rejoindra la famille Duboz de Chilly en épousant Félix en 1858.

Articles recommandé
Articles actuels
Recherche mot-clef