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Les voitures...


31.12.2022

Paul Bermond:


Gini tu me poses des questions au sujet des voitures de Jean Bermond. Je vais t’expliquer pourquoi il était capable de se payer des voitures aussi chères à une époque où on les faisait carrosser soi-même ce qui était une opération généralement hors de prix.

Je pense qu’il est bon de te faire un rappel du cadre familial de mon père, Jean Bermond. Son père, Georges Bermond, ingénieur des arts et métiers aux usines Schneider au Creusot, avait épousé, en première noce, Angèle Mangematin. Ils eurent 3 enfants, Jean l’ainé en 1893 puis Marie en 1894 et enfin Pierre en 1897. Malheureusement la tuberculose que l’on ne savait pas soigner à cette époque frappa la famille. Madame Louise Mangematin, la mère d’Angèle, fut la première atteinte, elle mourut en 1894. Angèle contracta à son tour la tuberculose elle mourut en 1897 ainsi que Pierre et Marie. Seul mon père, Jean eut la chance de ne pas être atteint, il se retrouva donc orphelin à l’âge de quatre ans.

Georges alors veuf épousa en seconde noce en 1900 Alice Pernin .

Mon père Jean fut donc élevé par cette belle-mère mais connut très tôt l’internat où il passa une partie de sa jeunesse. Monsieur Edmond Mangematin, son grand-père qui avait perdu sa femme, sa fille et deux de ses petits-enfants, n’avait plus que Jean auquel il s’attacha beaucoup et réciproquement Jean s’attacha à ce grand-père, désormais seul représentant de la branche maternelle. Ce grand-père avait une petite fortune personnelle dont il fit en partie bénéficier à son décès, son petit-fils Jean Bermond. Voilà comment mon père put disposer d’une certaine aisance dans les années 1920 à 1930.

Mais avant d’en arriver là Jean connut bien des difficultés : Les études secondaires à peine terminées il fut mobilisé à vingt ans en 1913 pour le service militaire et dans la foulée un an plus tard, projeté dans la terrible guerre de 14/18. Comme beaucoup de jeunes sans spécialité militaire, il fut affecté dans les tranchées sur le front des Vosges entre 1914 et 1915 et participa à la reconquête de l’Alsace. En octobre 1915, il fit partie du corps expéditionnaire de Salonique et se battit en Serbie, en Macédoine et en Albanie, ses nombreuses missions de reconnaissance en terrain exposé et son courage lui valurent la décoration de la croix de guerre. Il rapporta aussi de son séjour dans cette région le Paludisme qui lui causa par la suite des poussées très pénibles.


Passionné de photo, il avait toujours avec lui son Kodak pliant qui ne le quittait jamais et lui servait même d’oreiller quand il bivouaquait. Il avait emporté également le minimum nécessaire pour développer et tirer ses photos, c’est ainsi que pendant les quelques moments de repos il a réalisé des albums de ses photos de guerre que nous pouvons encore revoir aujourd’hui grâce à Brigitte qui les a triées, scannées et les a fait imprimer.

Jean ne retrouve enfin la liberté qu’en 1919 à l’âge de 26 ans. C’est à ce moment là qu’il apprend le décès de son grand-père Edmond Mangematin survenu pendant sa campagne du Moyen-Orient, décès qu’on lui avait caché pour ne pas ajouter une épreuve supplémentaire à celles qu’il subissait déjà.

Jean se maria assez rapidement avec Thérèse Chauvin qui en 1922 donna naissance à un premier fils Pierre. Le couple bénéficiait d’une certaine aisance et Jean, grâce à l’héritage de son grand-père, put acheter et agrandir la maison dans laquelle nous avons passé toute notre jeunesse.


Passionné également de voitures, c’est alors qu’il en eu plusieurs : Une Grégoire, une quadrillette Peugeot et après la Rochet-Schneider dont nous avons les photos. Je me souviens très bien de la Rochet qui était une voiture puissante et rapide pour l’époque puisqu’elle pouvait rouler à 110 ou120km/h. Intérieur cuir, petits vases pour les fleurs sur les montants intérieurs de portes, volant imposant à lames métalliques, Roues à rayons et surtout, pour notre plus grand plaisir, un échappement libre activé par une petite manette sur le tableau de bord. Nous demandions à notre père de descendre de la Bedugue à toute vitesse avec l’échappement libre, résultat un bruit infernal qui nous faisait un peu peur mais nous ravissait. Quelle impression de puissance pour nous cela donnait à notre père ! Heureusement y avait très peu de circulation, pas de contrôle de vitesse ni limitation des décibels qui dépassaient tout ce qu’on peut imaginer. Je ne sais pas ce qu’en pensaient les riverains ?




Ces années furent les seules belles années que connut Jean, la guerre était finie, les affaires marchaient bien, il avait une belle famille, quatre enfants, Pierre, Paul, Denis et Guy, tous des garçons. Thérèse aurait bien aimé avoir au moins une fille. C’est ainsi qu’à l’époque où on ne connaissait le sexe de l’enfant qu’à sa naissance, j’aurais dû m’appeler Florence !


Jean emporté par cette atmosphère euphorique se mit à boursicoter et joua malencontreusement sur le marché à terme, marché sur lequel on s’engage à acheter ou vendre à un certain prix. Or le cracq de 1929 arriva subitement et mit fin à ces années de facilité, la bourse s’effondra et le monde plongea dans une profonde dépression. Je pense que notre père perdit, non seulement tout son capital en bourse, mais resta débiteur d’une somme assez importante sur ce marché extrêmement spéculatif, somme qu’il eut à rembourser. Suivirent alors pour lui des années de galère : L’usine familiale touchée de plein fouet par cette crise n’était plus capable de nourrir trois personnes à la direction ; Jean décida donc de la quitter et s’engagea dans une société de courtage en charbonnage à Besançon. En 1934 quand Georges Bermond, son père mourut, André, le demi-frère de Jean, ne pouvant pas diriger la fonderie seul, Jean revint et prit la responsabilité de cette affaire chancelante. Survint alors la guerre qui ne fit qu’aggraver la situation déjà précaire. La défaite puis l’occupation allemande pendant 4 ans avec la pénurie de matières premières rendirent l’exploitation tout à fait aléatoire mais demandant malgré tout un effort considérable pour survivre.


Notre mère, Thérèse, avait eu à l’âge de 9 ans une diphtérie grave qui lui avait occasionnée une atteinte cardiaque dont elle se mit à souffrir de plus en plus à la fin de ces années 30. On ne savait malheureusement pas soigner cette affection qui finit par l’emporter le 24 Novembre 1942.

Après la guerre il fallut réparer les dégâts de ce pays exsangue ce qui prit de nombreuses années. Les immeubles dont avait aussi hérité Jean au Creusot avaient été détruits par les bombardements intensifs, pour récupérer quelques indemnités il lui fallut remplir des dossiers pour les dommages de guerre prouvant le montant des préjudices. Après plusieurs années il put enfin toucher une indemnité évidemment inférieure à la perte réelle mais qui lui permit quand même de s’acheter une Peugeot 203 neuve et de construire une aile supplémentaire à la maison de Dole. Pendant cette période il put aussi faire quelques voyages dans la Suisse voisine dont il rapporta de belles photos du Cervin. Mais au moment où il aurait pu enfin profiter d’une retraite bien méritée son état de santé s’est détérioré et il mourut en 1956 ; à l’âge de 62 ans.




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